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Le secteur technologique de l’Afrique francophone évolue lentement, passant d’une phase expérimentale à un écosystème doté d’infrastructures, de marchés de produits attractifs et d’investissements naissants. Des accélérateurs fintech du Sénégal à la transformation politique du Maroc en passant par la promotion de l’innovation lean au Bénin, il apparaît de plus en plus clairement que s’implanter dans cette région est économiquement judicieux, à condition que les fondateurs et les parties prenantes comprennent les contraintes et les opportunités.
Dans notre dernière édition, nous avons passé en revue les opportunités de croissance sectorielles qui se cachent à la vue de tous et les prochaines évolutions du marché, en nous basant sur les tendances que nous avons observées pour 2025. Dans cette deuxième partie, nous allons nous intéresser aux réalités de la sortie, aux attentes des fondateurs en matière de valorisation, aux modèles de soutien institutionnel et écosystémique, ainsi qu’aux mécanismes de financement autres que les capitaux propres, tous essentiels pour créer des entreprises durables et attractives pour les investisseurs.
Plongeons-nous dans le vif du sujet.
1. Comment se construisent des écosystèmes solides

La création et le renforcement d’un écosystème peuvent prendre différentes formes, mais nécessitent en fin de compte les mêmes ingrédients. L’année dernière nous a montré que le développement significatif d’un écosystème ne se résume pas à la levée de fonds par des start-ups individuelles, mais passe également par une coordination des politiques, des capitaux et du soutien institutionnel.
Quelques exemples :
Le Sénégal a montré la voie avec un capital à plusieurs niveaux et une coordination entre les secteurs public et privé.
Le Sénégal illustre comment les institutions publiques peuvent absorber les risques initiaux et attirer l’intérêt des capitaux-risqueurs privés, une dynamique essentielle pour les écosystèmes qui cherchent encore à gagner la confiance des investisseurs. Des institutions telles que la Délégation générale pour l’entrepreneuriat rapide des femmes et des jeunes (DER) et le Fonds souverain pour les investissements stratégiques (FONSIS) fournissent des capitaux mixtes, un soutien technique et des structures programmatiques qui complètent les partenaires privés. Ce chevauchement entre le public et le privé, où les risques liés aux capitaux initiaux sont atténués par un financement soutenu par l’État, facilite l’entrée ultérieure de capitaux internationaux, apportant des capitaux de série plus importants et aidant les entreprises à dépasser le stade de l’amorçage.
La Tunisie et le Maroc ont ouvert la voie grâce à la combinaison de politiques et d’une efficacité du capital.
Ils offrent un autre type de preuve : une grande efficacité du capital et la solidité du cadre politique. En Tunisie, grâce à une législation historique comme la loi Startup Act 2.0 et à d’importants véhicules soutenus par l’État tels que le fonds de fonds Anava, la Tunisie a montré que les petits marchés peuvent encore dépasser leur poids grâce à des incitations appropriées. La principale politique qui sert de cadre de soutien aux start-ups au Maroc est la stratégie « Maroc Digital 2030 », un plan national de transformation numérique approuvé par le gouvernement qui vise à développer l’économie numérique et à catalyser l’innovation. Elle place les start-ups au centre du programme de développement de l’écosystème. Al Mada Ventures est un fonds marocain notable, dont le principal commanditaire (LP) est Al Mada, une grande holding d’investissement privée marocaine (dont l’actionnaire principal est SIGER, le véhicule d’investissement de la famille royale).
Cette combinaison, associée à une forte concentration de talents universitaires, à un alignement précoce du gouvernement et à des voies juridiques claires, produit une efficacité du capital : les écosystèmes de start-ups offrent un meilleur rendement par dollar investi et les rendent attractifs pour les sources d’investissement locales et de la diaspora.
L’année 2025 a également été marquée par des exemples significatifs de financement au-delà des fonds propres, avec la dette comme outil stratégique. Les fonds propres sont essentiels, mais le financement par emprunt prouve de plus en plus son intérêt sur les marchés africains francophones. Deux exemples notables sont ceux de Julaya (Côte d’Ivoire) et Gozem (Togo/Gabon).
La fintech ivoirienne Julaya a opté pour un prêt à risque de CDC-CI Capital (1,4 million de dollars) afin de soutenir son expansion plutôt que pour un financement purement par capitaux propres à ce stade de son développement. Cette structure, souvent convertible, lui a permis :
- d’accélérer ses efforts en matière de produits et de réglementation sans dilution initiale des fondateurs ;
- de renforcer sa crédibilité et sa discipline opérationnelle, ce qui facilitera les futurs tours de financement par capitaux propres ;
- de renforcer le positionnement de l’entreprise sans compromettre son contrôle.
Il s’agit d’un modèle que d’autres fondateurs devraient envisager, en particulier lorsque les coûts de capital sont élevés, les modèles de revenus longs et la dilution coûteuse.
Dans toute l’Afrique, y compris sur les marchés francophones, les accords de dette stratégiques conclus avec des institutions financières traditionnelles montrent que les banques peuvent voir l’intérêt de financer des start-ups lorsque le risque peut être atténué grâce à des partenariats en matière de données et à des remboursements structurés. C’est précisément la bonne nouvelle qui ressort du partenariat entre Ecobank Gabon et Gozem. Ces accords permettent d’allonger la piste sans imposer de concessions précoces en matière de capitaux propres.
Cela montre également que les institutions financières et les entreprises doivent s’engager davantage. Malgré les premiers innovateurs, les banques et les assureurs ont été sous-représentés dans l’écosystème. Pourtant, des exemples comme celui de CDC-CI Capital en Côte d’Ivoire soulignent à quel point l’implication des institutions réduit les risques liés à l’investissement, augmente la disponibilité des capitaux et témoigne de la confiance des sociétés de capital-risque mondiales.
La formalisation de partenariats avec les institutions financières locales, notamment les banques, les institutions financières de développement (IFD) et les compagnies d’assurance, contribue à :
- Améliorer l’accès aux produits de crédit (basés à la fois sur le capital-risque et sur les revenus).
- Élargir la disponibilité des données de crédit via l’activité du portefeuille.
- Ancrer les start-ups dans des écosystèmes financiers plus larges (acceptation des paiements, liaison des données de crédit, financement des factures).
Cet alignement est essentiel pour débloquer des flux de capitaux plus intelligents et une liquidité plus importante dans les écosystèmes francophones africains.
2. Valeurs élevées, marchés restreints, peu de sorties

La conversation ne serait pas complète sans aborder la question de la valorisation et des sorties.
L’un des défis les plus persistants pour les fondateurs sur les marchés francophones est celui des attentes en matière de valorisation qui ne correspondent pas à la traction sous-jacente ou à la taille du marché/de la zone géographique. Les fondateurs aspirent souvent à des « valorisations d’un million de dollars » dès le début, mais sur les petits marchés, avec une population cible limitée et un potentiel de revenus restreint, ces valorisations peuvent être difficiles à justifier auprès des investisseurs sans revenus solides, sans économie unitaire reproductible ou sans échelle défendable. C’est pourquoi il est important d’être réaliste dès le début afin d’améliorer à la fois la crédibilité et la capacité de financement future, en particulier dans les secteurs où le chemin vers la rentabilité est plus long et où les besoins en capitaux sont importants.
De même, les voies de sortie, mécanisme par lequel les premiers investisseurs obtiennent des liquidités, en sont encore à leurs balbutiements. Les introductions en bourse sont inexistantes ; les acquisitions sont généralement transfrontalières (souvent vers le Nigeria, l’Afrique du Sud ou l’Europe) plutôt que régionales. L’année 2025 a montré le potentiel des sorties, principalement via des opérations secondaires et des acquisitions, comme le montre le tableau ci-dessous :
| Acheteur/Acquéreur | Cible/Région | Remarques |
|---|---|---|
| Undisclosed | Maad ~ Sénégal (commerce interentreprises) | Sortie partielle de Launch Africa. |
| Logidoo | Kamtar ~ Côte d’Ivoire (fret numérique) | Une entreprise panafricaine de logistique s’est développée en acquérant une technologie ivoirienne de fret, stimulant ainsi la consolidation dans le domaine des technologies logistiques. |
| Ora Technologies | Cathedis ~ Maroc (dernier kilomètre) | La super-application marocaine a absorbé une start-up locale spécialisée dans la logistique, renforçant ainsi son offre technologique dans le domaine de la livraison. |
| AfriCar Group (AUTO24) | Koto.ci ~ Côte d’Ivoire (Automotive) | Consolidation du marché automobile avec l’acquisition d’une plateforme de prix ivoirienne. |
| Peach Payments | PayDunya ~ Sénégal (Paiements) | Une plateforme de paiement sud-africaine a acquis une passerelle sénégalaise, illustrant ainsi les accords stratégiques interrégionaux. |
| Saviu Ventures | Lapaire (eyewear) ~ Panafricain | Une société de capital-risque spécialisée dans les entreprises en phase de démarrage s’est retirée de son investissement dans une start-up panafricaine spécialisée dans les lunettes qu’elle soutenait, démontrant ainsi sa liquidité même dans les segments de consommation. |
Si certaines sorties impliquent des acquéreurs régionaux, d’autres concernent des acheteurs internationaux, ce qui montre que des marchés comme la Côte d’Ivoire, le Sénégal et le Maroc sont dans le viseur des consolidateurs régionaux et des acheteurs stratégiques mondiaux. Cependant, il reste essentiel que les fondateurs développent leur entreprise en tenant compte de la viabilité de l’acquisition, et pas seulement des indicateurs de croissance et de chiffre d’affaires.
Lorsque nous parlons de sortie, nous pouvons rêver d’un jour où il y aura des introductions en bourse locales. D’un point de vue régional, la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) en Afrique de l’Ouest semble être une possibilité pour l’avenir. En effet, pour les start-ups qui visent une croissance à long terme et des options de sortie crédibles, les marchés de capitaux locaux, tels que la BRVM, doivent faire partie de la conversation. La BRVM, qui dessert huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), a fait des progrès en matière d’inclusion des PME et des start-ups. Elle a lancé des niveaux et des partenariats dédiés visant à rendre la cotation plus accessible. Cependant, elle révèle également pourquoi les sorties de start-ups via des cotations publiques restent rares et le resteront pendant un certain temps :
- les conditions de cotation, même sur les niveaux les plus légers, exigent toujours des finances auditées, une gouvernance rigoureuse et une transparence structurelle qui font défaut à de nombreuses start-ups en phase de démarrage.
- Notre entretien avec la direction de la BRVM (Mme Corinne Ormon) montre que ce sont des obstacles structurels, culturels et incitatifs, et pas seulement réglementaires, qui dissuadent les start-ups de s’introduire en bourse. La plupart des entreprises en phase de démarrage choisissent plutôt des sorties privées ou des acquisitions.
La leçon à tirer pour les fondateurs est claire : ils doivent planifier tôt leur sortie potentielle, en considérant les marchés publics locaux comme une option viable plutôt que comme une solution de secours. La mise en place d’une gouvernance solide et d’une discipline financière dès le premier jour garantit qu’une future cotation en bourse est une voie réaliste, et non une aspiration lointaine. En matière d’évaluation et d’attentes de sortie, il faut être réaliste et stratégique.
Conclusion
Les fondateurs doivent intérioriser la discipline en matière d’évaluation, la stratégie de mixité du capital, les coalitions institutionnelles et la préparation à la sortie. Soyez prêts à justifier les évaluations par des unités gagnées, et pas seulement par des discours. Les évaluations précoces dans les petites zones géographiques doivent refléter la taille du marché, la traction, la profondeur de l’équipe, la technologie défendable et les signaux de revenus. De plus, combinez intelligemment les instruments de capitaux propres, de dette et non dilutifs. La dette n’est pas seulement un recours, c’est un outil tactique pour optimiser la piste d’atterrissage et renforcer les positions de négociation.
Impliquez dès le début les organismes publics, les partenaires institutionnels et les marchés de capitaux locaux, non seulement en tant que bailleurs de fonds, mais aussi en tant que catalyseurs de croissance et gages de crédibilité. Enfin, mettez en place dès le départ une discipline en matière de gouvernance et de reporting afin de rendre les sorties, qu’il s’agisse d’acquisitions, de rachats stratégiques ou d’introductions en bourse comme la BRVM, crédibles et réalisables.
L’écosystème technologique de l’Afrique francophone passe du stade de la validation du concept à celui de la maturité structurée. Mais le succès exige des attentes mesurées, des stratégies de financement diversifiées, l’alignement de multiples parties prenantes et une discipline opérationnelle prête pour la sortie. Les fondateurs qui intègrent ces principes ne se contenteront pas de créer des start-ups, ils seront les pionniers de la prochaine vague d’entreprises évolutives et investissables de la région.
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